LAURENT
1939 - 1945
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| source : archives familiales |
Fin Juin 1936, Laurent quitte le pensionnat St Gabriel à St Laurent sur Sèvre. Il a terminé ses études. Il a 18 ans.
Septembre 1936 LaMothe Achard.
Au mois de septembre de l'année 1937, il rejoint la petite bourgade d'Andrezé, aujourd'hui rattachée à Beaupreau près de Cholet. C'est son deuxième poste comme instituteur libre. Il y restera jusqu'en juin 1937.
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| source : archives familiales |
Le 3 novembre 1938, il est appelé sous les drapeaux et est affecté au 6ème Régiment du Génie à la caserne Verneau à Angers.
Sur la fiche matricule, on lit :"Sapeur de 2ème classe-Classé service auxiliaire par la commission de réforme d'Angers du 30 novembre 1938 pour pieds creux bilatéral, accentués. Bourses séreuses plantaires à gauche génant manifestement la marche. Musculation peu développée au niveau du thorax et des membres inférieurs..."
Autrement dit, "les pieds plats": pas de marche, sac à dos rempli de pierres, mais service auxiliaire dans les bureaux. Une chance!
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| source : archives départementales Vendée |
Il fait ses "classes" et obtient le "brevet de préparation élémentaire service militaire", le B.P.E.S.M.
Pour en savoir plus: https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k9718128p/f1.image.texteImage
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| source : archives familiales |
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| source : archives départementales Vendée |
A la fin de ses classes, il est envoyé à Paris, au Petit Etat Major de l'Ecole Polytechnique.
Ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche

L'École polytechnique est l'une des plus célèbres écoles d'ingénieurs françaises, surnommée l'X depuis le milieu du XIXe siècle, en raison des deux canons croisés sur le blason de l'école.
Depuis l'ancien régime, le 6ème RG d'Angers a un détachement, le"Petit Etat Major" de l'école polytechnique de Paris; aujourd'hui encore. Celui-ci, composé d'officiers subalternes et quelques militaires du rang, est chargé de l'administration de l'école.Que faisait-il dans cette école? De l'administratif: des fiches,(comme celle jointe résultat du concours d'admission 1939), classement, etc... Mais aussi: planton, ordonnance.
Avec Jacques Dulau... Un jour,
Son chef, un lieutenant, lui avait demandé d’aller
ouvrir la grille d’entrée pour l’arrivée du général et était reparti vaquer à
d’autres occupations. Laurent s’était replongé dans ses écritures et ses
pensées. Il a oublié. Le général Dumontier(1),
commandant de l’Ecole, arrive dans sa voiture devant la grille au fronton de
l’Ecole Polytechnique et son chauffeur klaxonne. Personne ne bouge. Le
chauffeur klaxonne de nouveau avec insistance. Toujours rien. Soudain, la porte
du bureau s’ouvre dans un grand fracas : son lieutenant
s’engouffre dans la pièce et s’écrit : « Qui devait ouvrir la
grille ? » On imagine la suite : le 2ème sapeur Morin,
visage décomposé, s’attend au pire ....
(1)
Général Dumontier Maurice Henri commandant de
l’école polytechnique du 02/11/1937 au 03/09/1939
Laurent avait une "marraine", une dame de Paris. Elle lui fit visiter Paris, la montagne Sainte Geneviève, le Panthéon...
Pour en savoir plus sur la vie de l'école en 1939, suivre le lien:
Laurent avait une "marraine", une dame de Paris. Elle lui fit visiter Paris, la montagne Sainte Geneviève, le Panthéon...
Pour en savoir plus sur la vie de l'école en 1939, suivre le lien:
https://books.google.ru/books?id=5SEGZIdaAKUC&pg=PA51&lpg=PA51&dq=polytechnique+promotion+1939&source=bl&ots=0YQ9jK8BVz&sig=ACfU3U2Z719KeP3uefSX5hqHW4K2AqyqLA&hl=fr&sa=X&ved=2ahUKEwiHpL3umuLnAhXJlIsKHR0mDX44ChDoATAQegQIDBAB#v=onepage&q=polytechnique%20promotion%201939&f=false
L'un des membres de l'état major avait pris Laurent en affection. Il lui demanda de donner des cours personnalisés à son fils, un jeune garçon dénommé Christian.
Laurent va rester à l'école polytechnique, à Paris, jusqu'à la déclaration de guerre le 03 septembre 1939.
Il est alors affecté au 11ème Régiment du Génie, à la compagnie 121/21.
A la déclaration, les unités du génie ont été réparties dans différents corps d'armée. La compagnie 121/21 est rattachée au 21ème corps d'armée du Général Flavigny, en réserve du Grand Quartier Général GQG. Le Colonel Arnould est le commandant du Génie du 21ème CA. du 07/09/39 au 22/06/40
La compagnie 21 est une compagnie d' active du génie, dit "du parc", chargée de la gestion du matériel militaire: camions, voitures, chauffeurs, outils.... Elle assure le ravitaillement en matériel des diverses unités du génie.
Le 3 septembre 1939, il rejoint sa compagnie stationnée du coté de Reims, Eton, Etain, près de Mourmelon, non loin de Sedan.Il y restera jusqu'à la bataille de France.
L'hiver est long, froid et triste, l'activité réduite. Il est dans les bureaux de l'état major.
Mais il a des permissions en novembre ou décembre, février, avril, 10 jours à chacune. Il rejoint "l'abri du vent" à la Bruffière, sa mère, ses frères et soeurs.
Ferdinand Gillette raconte au fil des jours la vie militaire de septembre à décembre 1939 du coté de Reims et Etain:
http://www.chtimiste.com/carnets/Gillette/Gillette%201939.htm
14 - 18 Mai 1940 La bataille de Stonne:
https://fr.wikipedia.org/wiki/Bataille_de_Stonne
les troupes du génie étaient dans des positions à l'arrière de cette héroïque bataille.
A lire absolument:
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| Général Flavigny |
Laurent a connu la même chose.



Le corps d'armée 21 du Général Flavigny au sud de Sedan
C'est la "débacle". A l'approche des Allemands, les troupes françaises fuient dans un désordre indescriptible. La compagnie 121/21 fuit vers le sud, direction Dijon.
Certains écrivent:
"Le
corps d’armée ne ressemble absolument pas à un corps d’armée théorique. Ses
forces sont composées principalement par des éléments disparates, des soldats
égarés . L’armement fait défaut, les vivres sont épuisés, le ravitaillement
n’arrive pas et les communications sont inexistantes. Ses unités d’origine sont
dispersées et il n’en
reste souvent qu’un bataillon."
Laurent raconte:
" J'étais obligé de suivre un camion sur un vélo.... Et rien à manger, ni à boire"
D'autres:Laurent raconte:
" J'étais obligé de suivre un camion sur un vélo.... Et rien à manger, ni à boire"
Le 16/06/1940 : Nous voici errant sur les routes, en une interminable colonne, ayant mal aux pieds. De passage à Domrémy vers 19 h 30, on retrouve le commandant qui nous dit : « Ne vous occupez plus de moi, allez le plus loin possible vers la Suisse ». A 21 h, nous arrivons à Neufchâteau qui avait été bombardée le matin. A minuit, nous nous couchons à quelques-uns dans une grange. Toute la contrée avait été pillée.
Le 17/06/1940 : Vers 2 h, on nous dit : « Filez vers Epinal ! » Mais bien vite à bout de souffle, nous faisons une halte dans un bois. Vers 5 h 30 nous repartons. Sur notre route, nous voyons des villages bombardés et abandonnés, nous y remarquons 6 morts. Il pleut quand vers 17 h, nous entrons à Darnieulle, on se réfugie encore dans une grange sur du foin et nous soupons chez l’habitant avec des soldats français.
Le 18/06/1940 : Réveil à 8 h, nous partons pour Epinal. A 10h, nous sommes à l’entrée de la ville et on nous conduit à la caserne. Nous y arrivons vers 11 h, on cherche place mais tout est désert. A 20 h, « Crac » voilà l’ennemi qui arrive dans la ville, nous sommes mitraillés. https://www.maisondusouvenir.be/marcel_labie.php
On va retrouver Laurent à Epinal.
Sur la bataille d'Epinal les 18 et 19 juin 1940, suivre le lien:
http://aufildesmotsetdelhistoire.unblog.fr/2010/03/14/un-episode-de-la-bataille-depinal-en-juin-1940/comment-page-1/
Henri Martin écrit :

Chantraine, Bonnard, Reffye ou Courcy, Laurent était là, au milieu de milliers de soldats, sans arme, sans chef, fatigué, démoralisé.
Non loin, dans la ville, les combats faisaient rage. Les stukas, la panzer division... Laurent se souvient.
Henri Martin:
H
Mercredi 19 juin Dans la nuit du 18 au 19 juin, fut acheminé un convoi à peine gardé d’environ six mille hommes, capturés par surprise et sans combat dans les casernes de Chantraine, par trois engins blindés allemands, armés de mitrailleuses et de petits canons. Autre coup de filet des Allemands, au quartier Schneider, avant le début du combat pour les ponts d’Epinal le 19 juin. Les canons de 25, nous faisant défaut comme à Courcy, toute résistance était inutile, ne pouvant aboutir qu’à un massacre. Les occupants de la caserne se rassemblèrent et partirent vers Bains, par Chantraine, au nombre d’environ huit cents.Dans la matinée du 19 juin, arriveront aussi à Bains.....![]() |
| source : BAVCC Caen |
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| source : BAVCC Caen |
Henri Martin écrit:
"Très nombreux furent les prisonniers, capturés à Epinal, qui passèrent une nuit dans le petit camp de Hadol...
Les prisonniers couchaient à même le sol, heureusement assez sec...Ces parcs étaient entourés de barbelés et surveillés par une douzaine de gardiens.
Les milliers de prisonniers qui s'y succédèrent étaient ravitaillés en grande partie par les habitants de Hadol. disposant encore de leur argent à ce moment-là...."
Epinal - Bains les Bains 32 kms à pied
Laurent arrive à Bains les Bains
Henri Martin:


Du 18 au 23 juin 1940, arrivèrent là 40 000 à 50 000 prisonniers.
Sur ce petit pont de pierre en dos d'âne franchissant le Bagnerot, sont passés, en entrant dans le Camp de la Misère et sont repassés, en partant pour Epinal, des dizaines de milliers de prisonniers, du 18 au 26 juin 1940.Le camp de la Misère
Adam Gilbert raconte:
"...
Ce que 40 000 prisonniers peut-être y ont souffert n'est pas croyable....
Beaucoup d'entre nous, impuissants à se ravitailler sont demeurés plusieurs jours sans rien manger.
Les colonnes continuant d'arriver pendant cinq ou six jours, nous étions bien trop nombreux. Sur la place, à l'entrée, les arrivants subissaient la fouille, c'est à dire jetaient en tas couteaux et rasoirs.a Pas d'eau potable, à part une petite source au fond d'un vallon...
...en dernier, nous ne pouvions plus nous mouvoir. Déjà fatigués par le trajet d'Epinal à Bains, les hommes devenaient méconnaissables, faute de nourriture et par l'effet du froid, devenu vif pour la saison, à cause de la pluie.
La pluie, toujours la pluie! Et pas d'abri, à part ceux des premiers arrivés qui s'étaient confectionnés des huttes avec des branchages.
...un bourdonnement, un vaste murmure s'élevait de la foule. Si le bruit augmentait, nos gardiens régularisaient la situation en tirant à la mitrailleuse et aussitôt, c'était le silence.
Le plus terrible, c'était durant la nuit, la pluie sur la figure, quand nous étions debout, serrés, ne pouvant nous coucher, malgré la fatigue, ne trouvant que de la boue de tous cotés."
Et Henri Martin :
"...Beaucoup de prisonniers ne possédaient plus ni manteaux, ni capotes, ni couvertures, ni toiles de tentes ayant tout perdu lors de leur capture, ou tout jeté pour s'alléger durant leurs déplacements....et demeuraient sans protection aucune contre les averses torrentielles.
...
L'orage du 24 juin
A la lueur des éclairs, dans le fracas du tonnerre, dans les hurlements du vent et le bruit sourd des trompes d'eau, ce fut un déluge, un véritable cataclysme! Vision d'épouvante... Des torrents ruisselaient dans les pentes et une vaste nappe d'eau recouvrait les endroits plats et les bords du ruisseau, transformant le sol en une boue liquide, incessamment triturée, piétinée par des milliers et des milliers de malheureux trempés jusqu'aux os et cherchant vainement un refuge...
... la plupart, grelottants, devaient rester debout, sans appuis ou accroupis, dos à dos, toute la nuit, sans dormir..."
Achille Cornement se souvient:
"...De nombreux prisonniers se sont mis à crier: "A manger! A manger!"
En réponse, les mitrailleuses de tous cotés se sont mises à crépiter ensemble, et sous les sifflements des balles, toute notre foule s'est couchée d'un seul coup, terrorisée."
Et Mme Bernardin Poirot:
"...
Quant aux feuillées (sanitaires de campagne), fréquentées par une foule de dysentériques, c"était quelque chose d'abominable."
Laurent a vécu ce cauchemar.
De nombreuses années plus tard, il est parti en cure thermale à Bains le Bains avec Delphine, sa femme. Il reconnut les lieux, le petit pont, le vallon, le ruisseau. L'émotion l'envahit, les larmes coulèrent.
Le 25 juin , au matin, un groupe d'officiers supérieurs allemands sont venus visiter le camp. Une heure plus tard, ordre d'exécution immédiate: retour à Epinal.
Laurent a raconté:
Le retour à Epinal a été très dur. Fatigué, j'avais la gorge sèche, la soif... Sur la route, il y avait un puits ou un point d'eau. Les hommes se précipitaient, s'agglutinaient. Des femmes nous versaient de l'eau dans nos quarts, avant que les soldats allemands dispersent tout le monde. Des hommes harassés, s'affalaient dans les fossés près de moi...Il y eut des morts.
Henri Martin écrit :
"A l'entrée de la caserne Courcy, derrière la grille, premiers occupants de l'annexe, nous voyions venir de Chantraine, montant lentement la côte, de longues colonnes de captifs aux vêtements boueux et fripés, à l'aspect lamentable, fourbus par une marche exténuante, après avoir été affaiblis par des souffrances physiques et morales et par de rudes privations. Certains n'avançaient plus qu'avec l'aide de camarades un peu moins harassés....
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| source : BAVCC Caen |
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| source : BAVCC Caen |
Laurent arrive à la caserne Courcy, le 26
Henri Martin écrit :"Petit à petit, tout le monde se casa, pêle-mêle, dans les chambrées, à l'étroit, sans lit pour la plupart, mais heureux de se reposer sous un toit..."
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| source : BAVCC Caen |
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| source : BAVCC Caen |
Il est recensé par les autorités allemandes parmi des milliers d'autres:
Epinal Caserne Courcy, Bloc 8 sous sol Etat 69561. C'est le Frontstalag 121 d'Epinal.
Adam Gilbert se souvient :
" A Courcy, préparation au départ pour l'Allemagne. Mais nous avions un toit, à côté de bâtiments bombardés contenant encore des cadavres. Il était temps que l'on parte, cela ne sentait pas bon.
Rassemblement, et encore rassemblement... Comme nourriture, petits biscuits dans de petits sacs blancs... Ainsi, jusqu'au jour où nous avons passé dans le bâtiment de Ravitaillement pour percevoir un pain et une boite de graisse pour quatre."
Photo de soldats allemands avec des prisonniers de guerre colonial à Épinal. Le Frontstalag 121 (camp de prisonnier de guerre) était situé à Épinal. Louis Charles Morillon:
"Cette captivité au Frontstalag 121 d’Épinal ne semble pas rigoureuse ..... Soldats français mais aussi africains et annamites sont gardés par des Autrichiens débonnaires voire fraternels (photo 6, lors d’une pause). Les prisonniers se doivent de correspondre avec leur famille afin de leur apprendre leur captivité. Une lettre et deux cartes personnelles par semaine sont permises avec franchise militaire française (FM) et allemande (Kriegsgefangenenpost). Ils peuvent également recevoir des colis. Leur circulation n’est guère drastique à l’intérieur du périmètre de captivité."
Adam Gilbert:
René Bled était du même voyage:
"...Et en route, bien escortés, vers la gare d'Epinal, où l'on nous entassa dans des wagons biens verrouillés.
Nous avons roulé pendant quatre jours. La nuit, les grands marchaient sur les petits en allant aux latrines, dans un coin. Car le pain et la graisse n'avaient fait qu'une bouchée et c'était la dysenterie.
A mi-chemin, on nous a ouvert les wagons. La nuit, les mitraillettes claquaient souvent. On ne savait pas où on allait. Arrêts sur les voies de garage pendant des heures..."
« Le 23 août, c’était le départ pour la gare . On embarquait comme du bétail, serrés comme des sardines dans des wagons à bestiaux. Avant la fermeture des portes, les Allemands jetèrent des boules de pain et du fromage. On suivait l’avancée du train, Epinal, Belfort, Mulhouse, Stuttgart, Munich, Hammetts, Luce. Plusieurs jours et nuits. On passait le Danube et enfin on arrivait au camp de Kaisersteinbruch en Autriche à 40 km au sud-est de Vienne. Ça fait loin de la maison maintenant. Après 4 jours de voyage pénible, nous étions arrivés à destination le 27 août 1940. Quelle vie dans les wagons ! Toujours difficile d’avoir de l’ordre. Nous débarquions à la gare de Wilfleinsdorf vers 5 h dans la fraîche matinée et immédiatement nous fûmes dirigés vers le camp de prisonniers à quelque 6 km. Des civils autrichiens nous regardaient passer, mais nous n’étions l’objet d’aucune menace ni même de paroles malfaisantes. Arrivés devant le camp, on était regroupé dans un champ entouré de barbelés gardés par des miradors et des soldats en faction. Puis on se suivait à la queue leu leu pour l’interrogatoire devant une longue table avec des Allemands qui parlaient un français parfait. Nous répondions à leur demande : nom, âge, profession, puis étions gratifiés d’un numéro de matricule, pour moi : 85847. Une nouvelle vie allait commencer, celle d’un prisonnier ne vivant qu’avec un seul but : retrouver les siens vivants. Au Stalag XVII-A, le lendemain nous passâmes sous la douche et au sortir, à la tonte, cheveux bras etc… nus dans le froid à attendre nos vêtements sortis de l’étuve, visite chez le médecin et puis photos, de vrais bagnards. Le camp était très propre, il n’y avait pas mieux en France, les villages et les paysages étaient plus propres que dans les Vosges et la Meuse. L’esprit teuton… "
René Bled avait le N° matricule 85847, Laurent 84031 et Joseph Matalon, 83796
Jean-Louis Saconney raconte :
"Notre arrivée au Stalag XVII A s'effectua selon un rituel bien connu de tous les prisonniers et dont les variantes étaient rares.
1) Attente la plus longue possible à l'entrée du camp mais déjà dans une enceinte close par des réseaux de barbelés sérieux
2) Epouillage: tout le monde doit se déshabiller dehors… Lorsque tout le monde est complètement "à poil", le troupeau est dirigé vers une salle de douches pour se laver convenablement, car tout le monde sait, en Allemagne, que les Français sont sales et pleins de poux. Lorsque le troupeau est bien lavé, ce qui est la seule partie utile de ce cérémonial, on l'amène à la tonte; là, des prisonniers, faisant partie de la main d’œuvre permanente (et bien considérée) du camp, procèdent à l'aide de tondeuses électriques à la suppression totale des cheveux et de tous les poils, quels qu'ils soient; on est même prié de tenir son zizi d'une main pendant que le "coiffeur" opère. Pendant que les individus sont ainsi nettoyés et dépersonnalisés, les vêtements, rassemblés dans des filets, sont placés dans des fours où un gaz "antiparasites" les désinfecte. La désinfection des vêtements se prolongeant pendant une heure ou deux, les prisonniers attendent, attendent,... que leurs vêtements leur soient rendus…
3) Lorsque sur le mode hurlé, on annonçait que les vêtements étaient prêts, le jeu consistait à sortir du bâtiment et, … à essayer de retrouver le plus rapidement possible le paquet de ses propres vêtements, parmi les deux ou trois-cents autres, jetés, en vrac, au milieu de la cour.
4) Lorsque cette formalité était accomplie, on avait droit à son petit morceau de pain accompagné d'un petit morceau de saloperie et, lentement, très lentement, après avoir procédé au rituel de l'appel, on vous indiquait la paillasse où vous pouviez, enfin, vous allonger."
Arriva à Kaisersteinbruck, de juillet à décembre 1940 :
| Groupe d'utilisation | français | Belges | Pologne | Total |
| Officiers | 970 | 0 | 0 | 970 |
| Équipes et UO. | 65441 | 5642 | 2500 | 73583 |
| Internés civils | 146 | 42 | 32 | 220 |

René Bled encore:
"...Je fus placé au camp n°2, baraque
28... Le 31 nouveau tri,... j’étais séparé de tous
mes copains et rejoignais le bâtiment 31,...A l’origine, les baraquements étaient destinés à
des chevaux, maintenant transformés en dortoirs pour nous....1er septembre 1940...Nouveau triage, nouvelle sélection,
on m’envoyait baraque 16, le lendemain baraque 22, sans
passer au triage. La ratatouille du vendredi : nouilles à la
confiture, patates pourries non épluchées. Nous avions tous
faim.
11 septembre 1940. Passé au triage, mais pas de changement... Nous n’avions rien à
faire, on discutait ou on dormait... 15 septembre. Arrivée d’un
nouveau convoi... Toujours ce réflexe de se voir et de se
regrouper par nos origines. On faisait tous de même, ne pas
perdre les copains, car les perdre, c’était perdre sa famille..."
On lira avec beaucoup d'intérêt des extraits du livre de François Claudel "La drôle de guerre et memoire de 5 ans de captivité au stalag XVII A"
Intérieur d'un baraquement stalag XVII A
dans le Stalag XVII A à Kaiserstenbruck en Autriche pendant l'hiver 1940-41
Laurent a raconté:
"Il faisait très froid. Moins 30°. Il y avait un grec qui n'était pas habitué à ces grands froids. Un jour qu'il devait passer à la douche, nous l'avons regardé se déshabiller. Un pantalon, puis un autre, et encore un autre. Et ce n'était pas fini. Un autre, et encore un autre. Nous avons bien ri et oublié un peu le froid."
Extraits du rapport de la croix rouge du 19 Mars 1941 au stalag XVII A :
" Au camp : 7.011 hommes ; Bien que l’effectif du camp soit notablement moindre qu’en été 40, il nous paraît cependant que les prisonniers sont trop entassés dans leurs baraques : 200 hommes par demi-baraques, ayant des couchettes superposées sur trois étages. Ces vastes chambres complètement remplies par les échafaudages de couchettes sont extrêmement sombres, la lumière étant interceptée par un grand nombre de vêtements et sous-vêtements suspendus à des ficelles courant d’une couchette à l’autre....La vermine est la plaie du camp. Les douches sont rares : une fois tous les 6 mois en moyenne !!les prisonniers ne sont douchés que lorsqu’ils passent à la désinfection..(1)la paille des couchettes n’est pour ainsi dire jamais changée.Depuis le début Juin 40 le camp compte environ 50 cas de tuberculose nette ou suspecte ; le camp ne dispose d’aucun moyen d’examen approfondi..."
(1)"Et quand la Croix Rouge venait faire une inspection" disait Laurent.
On lira, aussi le journal du stalag "L'Equipe", dont le premier numéro bi-mensuel date de septembre 1941, sur le site d'Andana:
https://www.bibliotheca-andana.be/?page_id=255332
Il est vraisemblable que Laurent ait suivi un parcours tout à fait ressemblant à celui de René Claudel.


Autoroute de Vienne Berlin en construction en 1941
Au printemps 1941, Laurent est envoyé à Vienne, plus précisément à Stadlau, dans l'arbeitkommando N° 543 GW ou 729 GW, dans l'entreprise Waagner et Biro. Avec Joseph Matalon. Ils y resteront jusqu'à la libération en Avril 1945.
https://www.google.com/maps/place/Leonard-Bernstein-Stra%C3%9Fe+10,+1220+Wien,+Autriche/@48.2364628,16.411104,522m/data=!3m2!1e3!4b1!4m5!3m4!1s0x476d06ef09b03db3:0x1d804158415fc892!8m2!3d48.2364592!4d16.4132927
https://www.google.com/maps/@48.236575,16.4132037,3a,60y,90t/data=!3m8!1e1!3m6!1sAF1QipMahYfxTpgsuuz0S8nRJGQqN7_KUcHK0t-UhHUT!2e10!3e11!6shttps:%2F%2Flh5.googleusercontent.com%2Fp%2FAF1QipMahYfxTpgsuuz0S8nRJGQqN7_KUcHK0t-UhHUT%3Dw203-h100-k-no-pi0-ya289.4203-ro-0-fo100!7i13312!8i6656
https://www.doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
un document en allemand qui traite des prisonniers soviétiques à Vienne, et en particulier à Stadlau chez Waagner et Biro. En voici un extrait traduit:
"Un autre site d'armement extrêmement important à Vienne était les travaux de l'entreprise de construction métallique, de ponts et de chaudières Waagner-Biró AG. La succursale Waagner-Biró de Vösendorf produisait des tubes pour les canons des véhicules de combat, et l'usine de fonte de fer et d'acier de Stadlau participait, entre autres, à la production de pièces pour les briquets de l'artillerie navale 7 . Mais surtout, on a fabriqué des équipements dits "pionniers", par exemple des éléments de pont. "
Laurent a côtoyé les Russes au camp de Stadlau. "Des hommes de la campagne" disait-il. "Il y en avait un qui avait trouvé un réveil, mais ne savait pas s'en servir. Le soir, il remonte le mécanisme, manipule les aiguilles, et l'aiguille du réveil. En pleine nuit, à trois heures peut-être, le réveil sonne, l'homme s'en saisit, cherche à l'éteindre, ne trouve pas le bouton d'arrêt, s'énerve. Après de longues secondes sans succès, il se lève, prend le réveil dans sa main droite, la lève et envoie l'appareil contre le mur tout proche avec une force incroyable."
Ci-joint fiche de travail russe au kommando A 121 Gw Waagner Biro
Il y avait Joseph. Joseph Matalon. Laurent en parlait.
Joseph était d'origine turque (Smyrne), et parisien. D'une famille de pelletiers, il jouissait d'aides de sa famille. (on retrouve son magasin au 66 rue Dulong à Paris, sur google street).
était bien insuffisant, pour lui permettre d'aller aux concerts.
"La «surveillance allégée » introduite pour les Français fin 1941/ début 1942, par manque de personnel, permit aux prisonniers de guerre une plus grande liberté de mouvement, ainsi eurent-ils le droit à une promenade le dimanche après-midi" Yves Durant
Joseph, un copain, un collègue de travail plutôt.

Les années 41, 42, 43 furent des années difficiles, mais calmes. Laurent visita Vienne. Il rapporta quelques cartes postales:
On regardera avec intérêt le film sur l'inondation du Danube à Stadlau en Avril 1944 :
http://mediawien-film.at/film/313/
Fin 1944, Vienne et en particulier Stadlau est en proie aux violences de la guerre: bombardements soviétiques et américains.
Autre extrait du doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
(1)Laurent et son kommando étaient là, le long de la ligne de chemin de fer Vienne Marchegg Bratislava. Kdos 543 GW et 729 GW.
=========⇒
Un état de l'armée américaine recense la libération des prisonniers de kommandos du stalag XVII A Kaisersteinbourg, y compris les kommandos de Vienne.
"Evacués fin avril 45, marchant en direction de Braunau/Inn, passés par Wels et Lambach, arrivés à Braunau vers le 19/04/45." Braunau am Inn, la ville natale d'Adolf Hitler.
Malheureusement on ne retrouve pas les kommandos de Stadlau.
"Les Armées soviétiques ayant pris pied en Autriche début avril 1945,les prisonniers français qui se trouvaient dans les fermes ou les usines,suivirent en majorité la fuite vers l'ouest des civils de toutes nationalités et des prisonniers ayant fuis les camps abandonnés par leurs gardes.Il n'y avait plus de distinctions entre gardiens et prisonniers.Ils découvrirent le long des routes les horreurs du régime ,les cadavres laissés par les S.S.
La majorité des " libérés"fut regroupée à Brunau ou un officier français assura leur subsistance.Leur rapatriement fit l'objet de négociations interminables entre le commandement Russe et les divisions Américaines de Linz. Enfin un premier groupe de 3000 personnes fut acheminé par chemin de fer sur Pilsen ,puis transféré aux Américains à la mi mai.Les rapatriements vers la France durèrent jusqu'au 18 juin 1945." Basile Morvan.
toujours :doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
"Il est possible qu'ils aient dû marcher avec la marche de la mort des prisonniers des camps de concentration vers l'ouest, qui a commencé le 1er avril 1945. "
Laurent racontait:
"Avec un autre prisonnier (peut-être Joseph Matalon), nous avons marché pendant 15 jours, et rien à manger sinon une boite de pois cassés...pendant 15 jours."
Ils ont très certainement fait la route Vienne Braunau: plus de 280 kms.
Le camp était à Neukirchen, près de Braunau am inn.
" Enfin, le 17 avril 1945, ils ont commencé une marche en direction de Braunau,... Ily a eu effectivement quelques attaques d'avions volant à basse altitude pendant la marche. Les prisonniers ont traîné leur paquetage de 25 kg et plus sur environ 15 à 20 km en moyenne par jour. Campant au bord de la route, en rase campagne, ils n'étaient pratiquement plus ravitaillés par les Allemands. Ils se débrouillaient eux-mêmes pour manger, troquant cigarettes, chocolat et savon avec la population, surtout composée de vieillards, de femmes et d'enfants."
"Il faisait très froid. Moins 30°. Il y avait un grec qui n'était pas habitué à ces grands froids. Un jour qu'il devait passer à la douche, nous l'avons regardé se déshabiller. Un pantalon, puis un autre, et encore un autre. Et ce n'était pas fini. Un autre, et encore un autre. Nous avons bien ri et oublié un peu le froid."
Extraits du rapport de la croix rouge du 19 Mars 1941 au stalag XVII A :
" Au camp : 7.011 hommes ; Bien que l’effectif du camp soit notablement moindre qu’en été 40, il nous paraît cependant que les prisonniers sont trop entassés dans leurs baraques : 200 hommes par demi-baraques, ayant des couchettes superposées sur trois étages. Ces vastes chambres complètement remplies par les échafaudages de couchettes sont extrêmement sombres, la lumière étant interceptée par un grand nombre de vêtements et sous-vêtements suspendus à des ficelles courant d’une couchette à l’autre....La vermine est la plaie du camp. Les douches sont rares : une fois tous les 6 mois en moyenne !!les prisonniers ne sont douchés que lorsqu’ils passent à la désinfection..(1)la paille des couchettes n’est pour ainsi dire jamais changée.Depuis le début Juin 40 le camp compte environ 50 cas de tuberculose nette ou suspecte ; le camp ne dispose d’aucun moyen d’examen approfondi..."
(1)"Et quand la Croix Rouge venait faire une inspection" disait Laurent.
On lira, aussi le journal du stalag "L'Equipe", dont le premier numéro bi-mensuel date de septembre 1941, sur le site d'Andana:
https://www.bibliotheca-andana.be/?page_id=255332
Autoroute de Vienne Berlin en construction en 1941
Au printemps 1941, Laurent est envoyé à Vienne, plus précisément à Stadlau, dans l'arbeitkommando N° 543 GW ou 729 GW, dans l'entreprise Waagner et Biro. Avec Joseph Matalon. Ils y resteront jusqu'à la libération en Avril 1945.
![]() |
Laurent est là source : archives familiales |
![]() |
et au dos de la photo:
"photographie ... à Stadlau Aoùt 1941
|
source : archives familiales
C'était là....![]() |
| L'usine Waagner et Biro en 1948 |
![]() |
| l'usine en 1905 |
https://www.google.com/maps/@48.236575,16.4132037,3a,60y,90t/data=!3m8!1e1!3m6!1sAF1QipMahYfxTpgsuuz0S8nRJGQqN7_KUcHK0t-UhHUT!2e10!3e11!6shttps:%2F%2Flh5.googleusercontent.com%2Fp%2FAF1QipMahYfxTpgsuuz0S8nRJGQqN7_KUcHK0t-UhHUT%3Dw203-h100-k-no-pi0-ya289.4203-ro-0-fo100!7i13312!8i6656
L'entreprise, fondée en 1863 ou 1854 et fusionnée plusieurs fois, possédait
deux usines dans le 22e arrondissement de Vienne à la fin des années 50, une à
Vösendorf et une à Graz. Le Stadlauer Werke ( situé ici ) avait les
tâches suivantes:
·
Archiduc Karl-Strasse 127 (aujourd'hui Hornbach): construction métallique
et mécanique
·
Genochplatz 1 (ci-contre): fonderie d'acier et de gris
Dates 1925 [1]: […] fer, atelier de construction, aciérie, fonderie d'acier
et de fer, chaudronnerie […]
Dates 1959 [2]: […] Fabrication: ponts en acier, structures en acier, grues
et ponts de stockage, élévateurs inclinés, funiculaires, convoyeurs, pelles
universelles, plateaux tournants pour locomotives, mach. Équipements de
théâtre et de scène, structures hydrauliques en acier, construction d'appareils
et de conteneurs pour les sucreries ainsi que les industries chimiques et
brassicoles. Canalisations sous pression pour centrales hydroélectriques,
systèmes de chaudières à vapeur de tous les systèmes modernes et pour toutes
les pressions, systèmes de cuisson, systèmes de dépoussiérage et d'épuration
des gaz, acier moulé, fonte grise ainsi que des produits spéciaux en fonte
ignifuge et fortement alliée au chrome.
Les anciennes halles de l' usine traditionnelle de Waagner-Biró sont
aujourd'hui en partie utilisées comme quincaillerie. La Stadlauer
Genochplatz, anciennement l'emplacement de l'usine de produits métalliques,
fait désormais partie de la rénovation urbaine. Ici, nous vous proposons
deux photos de l'entreprise à partir de nos archives:
https://www.doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
un document en allemand qui traite des prisonniers soviétiques à Vienne, et en particulier à Stadlau chez Waagner et Biro. En voici un extrait traduit:
"Un autre site d'armement extrêmement important à Vienne était les travaux de l'entreprise de construction métallique, de ponts et de chaudières Waagner-Biró AG. La succursale Waagner-Biró de Vösendorf produisait des tubes pour les canons des véhicules de combat, et l'usine de fonte de fer et d'acier de Stadlau participait, entre autres, à la production de pièces pour les briquets de l'artillerie navale 7 . Mais surtout, on a fabriqué des équipements dits "pionniers", par exemple des éléments de pont. "
"En mars 1942, le détachement de travail A 121 GW composé de
prisonniers de guerre soviétiques se rend à Vienne 22, Stadlau, et est logé
dans une salle Waagner-Biró vide au 62 de la Stadlauer Straße. Avec le recul,
il semble que la vie des prisonniers à Stadlau était un peu plus supportable
que dans d'autres camps de travail comparables pour les prisonniers de guerre.
Bien qu'il y ait eu quelques morts parmi les Soviétiques, jeunes pour la
plupart, à Waagner-Biró, celles-ci sont hors de toute proportion avec les morts
en masse (comme dans le camp des Flugmotorenwerke Ostmark à Wiener Neudorf).... Apparemment, les gardes d'État chargés de la
surveillance du camp n'étaient pas aussi stricts que ceux d'autres camps
comparables. Ainsi, il pouvait arriver que certains hommes et femmes de la
population de Stadlau donnent secrètement aux prisonniers de guerre affamés une
partie de leurs propres rations alimentaires - un risque non négligeable,
puisque ces contacts étaient sévèrement punis.(1) "
(1)Laurent a raconté aussi.
Laurent a côtoyé les Russes au camp de Stadlau. "Des hommes de la campagne" disait-il. "Il y en avait un qui avait trouvé un réveil, mais ne savait pas s'en servir. Le soir, il remonte le mécanisme, manipule les aiguilles, et l'aiguille du réveil. En pleine nuit, à trois heures peut-être, le réveil sonne, l'homme s'en saisit, cherche à l'éteindre, ne trouve pas le bouton d'arrêt, s'énerve. Après de longues secondes sans succès, il se lève, prend le réveil dans sa main droite, la lève et envoie l'appareil contre le mur tout proche avec une force incroyable."Ci-joint fiche de travail russe au kommando A 121 Gw Waagner Biro
Il y avait Joseph. Joseph Matalon. Laurent en parlait.
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| source : BAVCC Caen |
Joseph était d'origine turque (Smyrne), et parisien. D'une famille de pelletiers, il jouissait d'aides de sa famille. (on retrouve son magasin au 66 rue Dulong à Paris, sur google street).
Il louait des costumes aux autres ouvriers, pour aller à des concerts dans la ville de Vienne .
Le seul salaire de Laurent- soit quelque 60RM lagergeld -était bien insuffisant, pour lui permettre d'aller aux concerts.
"La «surveillance allégée » introduite pour les Français fin 1941/ début 1942, par manque de personnel, permit aux prisonniers de guerre une plus grande liberté de mouvement, ainsi eurent-ils le droit à une promenade le dimanche après-midi" Yves Durant
Joseph, un copain, un collègue de travail plutôt.

Les années 41, 42, 43 furent des années difficiles, mais calmes. Laurent visita Vienne. Il rapporta quelques cartes postales:
On regardera avec intérêt le film sur l'inondation du Danube à Stadlau en Avril 1944 :
http://mediawien-film.at/film/313/
Fin 1944, Vienne et en particulier Stadlau est en proie aux violences de la guerre: bombardements soviétiques et américains.
Autre extrait du doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
"Le 5 novembre 1944, l'hôpital des prisonniers de guerre, également créé pour les Soviétiques malades dans l'hôpital des sœurs de la Miséricorde à Vienne 6, Liniengasse 19-21, fut gravement endommagé par l'explosion de bombes de démolition ; les locaux d'habitation des prisonniers dans l'usine Waagner-Biró à Stadlau furent probablement détruits le même jour.
Deux jours plus tard, le 7 novembre 1944, la 15e armée de l'air américaine bombarde, entre autres, la voie ferrée menant de Stadlau à Leopoldau. Le 18 novembre 1944, le pont ferroviaire de Stadlau, qui traverse le Danube, est gravement endommagé par les bombardements aériens. Le lendemain, 19 novembre 1944, les bombardiers américains détruisent les voies ferrées qui bifurquent vers le port pétrolier de la gare de Stadlau. Les prisonniers de guerre bombardés ont été affectés à des casernes de secours sur la ligne de chemin de fer orientale menant à Marchegg, près d'Aupark Hirschstetten, comme quartiers de substitution. (1).Un témoin oculaire de Stadlau se souvient des prisonniers de guerre soviétiques : "Pendant la dure période précédant Noël 1944, le dernier hiver de la guerre, les prisonniers russes se tenaient dans leurs longs manteaux militaires, sentant fortement le désinfectant, au Genochmarkt de Stadlau et offraient aux ménagères des jouets faits maison en échange de nourriture. Un peintre russe, un grand artiste, a créé de magnifiques natures mortes et paysages dans une salle Waagner-Biró qui, avant d'être incendiée, servait de camp pour les prisonniers. Trois de ses tableaux ont survécu à la guerre. Quelqu'un dans la population a dû lui procurer ses ustensiles de peinture"....
Le 15 janvier 1945, la catastrophe se produit : un raid aérien américain massif frappe Stadlau, ainsi que d'autres parties de la ville. Un grand groupe de prisonniers soviétiques s'était enfui avec leurs gardes de l'usine WaagnerBiró et s'était réfugié dans un fossé voisin de la Konstanziagasse. Les tranchées de couverture, pour la plupart recouvertes de dalles de béton
n'étaient destinés qu'à la protection contre les éclats d'écailles. Une lourde bombe de démolition a frappé le couvercle de la tranchée en éclats et a tué 56 personnes, dont cinquante prisonniers de guerre. Les prisonniers de guerre morts ont été emballés dans des sacs en papier par les camarades survivants et transférés au cimetière d'Aspern le 17 janvier 1945, où ils ont été enterrés dans des fosses communes. Le 12 mars 1945, des bombes frappent à nouveau l'usine Waagner-Biró de Stadlau. Deux prisonniers de guerre soviétiques sont immédiatement morts, un troisième succombe à ses brûlures à l'hôpital général le 16 mars 1945. Fin mars 1945, de grands troubles se sont propagés parmi les membres du détachement de travail de l'A 121 GW. Il s'était échappé que les prisonniers devaient défiler à l'approche de l'Armée rouge à Saint-Valentin, où se trouvait une grande usine de chars. Des rumeurs circulaient selon lesquelles les prisonniers qui étaient malades à pied ou qui ne voulaient pas marcher devaient être fusillés. Apparemment, les prisonniers de guerre soviétiques évacués se sont en fait rendus à Saint-Valentin. Dans ce cas au moins, on ne sait rien des atrocités telles que celles qui ont été commises lors d'autres marches d'évacuation."![]() |
| source BAVCC |
(1)Laurent et son kommando étaient là, le long de la ligne de chemin de fer Vienne Marchegg Bratislava. Kdos 543 GW et 729 GW.
=========⇒
![]() |
| source BAVCC |
Un état de l'armée américaine recense la libération des prisonniers de kommandos du stalag XVII A Kaisersteinbourg, y compris les kommandos de Vienne.
"Evacués fin avril 45, marchant en direction de Braunau/Inn, passés par Wels et Lambach, arrivés à Braunau vers le 19/04/45." Braunau am Inn, la ville natale d'Adolf Hitler.
Malheureusement on ne retrouve pas les kommandos de Stadlau.
"Les Armées soviétiques ayant pris pied en Autriche début avril 1945,les prisonniers français qui se trouvaient dans les fermes ou les usines,suivirent en majorité la fuite vers l'ouest des civils de toutes nationalités et des prisonniers ayant fuis les camps abandonnés par leurs gardes.Il n'y avait plus de distinctions entre gardiens et prisonniers.Ils découvrirent le long des routes les horreurs du régime ,les cadavres laissés par les S.S.
La majorité des " libérés"fut regroupée à Brunau ou un officier français assura leur subsistance.Leur rapatriement fit l'objet de négociations interminables entre le commandement Russe et les divisions Américaines de Linz. Enfin un premier groupe de 3000 personnes fut acheminé par chemin de fer sur Pilsen ,puis transféré aux Américains à la mi mai.Les rapatriements vers la France durèrent jusqu'au 18 juin 1945." Basile Morvan.
toujours :doew.at/cms/download/djmbu/riedel_sowjetische_kgf_jb2001.pdf
"Il est possible qu'ils aient dû marcher avec la marche de la mort des prisonniers des camps de concentration vers l'ouest, qui a commencé le 1er avril 1945. "
Laurent racontait:
"Avec un autre prisonnier (peut-être Joseph Matalon), nous avons marché pendant 15 jours, et rien à manger sinon une boite de pois cassés...pendant 15 jours."
Ils ont très certainement fait la route Vienne Braunau: plus de 280 kms.
Le camp était à Neukirchen, près de Braunau am inn.
" Enfin, le 17 avril 1945, ils ont commencé une marche en direction de Braunau,... Ily a eu effectivement quelques attaques d'avions volant à basse altitude pendant la marche. Les prisonniers ont traîné leur paquetage de 25 kg et plus sur environ 15 à 20 km en moyenne par jour. Campant au bord de la route, en rase campagne, ils n'étaient pratiquement plus ravitaillés par les Allemands. Ils se débrouillaient eux-mêmes pour manger, troquant cigarettes, chocolat et savon avec la population, surtout composée de vieillards, de femmes et d'enfants."
LA CAPTIVITÉ DES PRISONNIERS DE GUERRE
"Le 12 mai commencent les opérations de transfert des prisonniers de guerre en camion américain vers l’aéroport de Pocking et leur rapatriement, en gros porteurs, vers les aéroports de Châteaudun, Reims, Le Bourget…"
Laurent racontait:
"On nous a emmené à l'aéroport, nous avons pensé que nous allions être rapatrier par avion. Mais nous sommes passés sous l'avion et....rentrés au camp."
On ira voir la video de la libération du camp de Braunau par les américains:
https://www.youtube.com/watch?v=z2lGrFGBebg

Ils étaient plusieurs dizaines de milliers.
Et le 5 juin 1945, Gare de l'Est Paris
Laurent disait :"Enfin! Ce n'était plus des trains de marchandises ou des wagons à bestiaux! De vrais wagons avec des banquettes rembourrées et en première classe"
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| source: archives familiales |
Beaucoup, beaucoup plus tard, Laurent n'avait rien oublié.
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| source: archives familiales |



















































